Octobre rose touche à sa fin, et avec lui les éditions limitées au ruban rose qui ont fleuri dans les rayons beauté. Le principe est simple : pour un mascara, un sérum ou un baume acheté, la marque reverse une somme à une association ou à la recherche. Une enquête publiée le 29 octobre par Reporterre jette pourtant un froid sur ces opérations : plusieurs des produits mis en avant contiennent des ingrédients que des toxicologues jugent controversés, voire à éviter.
Pas question ici de jeter la pierre aux dons, qui financent de vrais projets. Mais cette enquête est une bonne occasion de reprendre une habitude saine : lire la liste des ingrédients avant d’acheter, même quand l’emballage est rose et la cause sympathique.
Les points :
Ce que l’enquête a regardé #
La journaliste Fabienne Loiseau a passé au crible la composition de quatre produits vendus pendant la campagne, avec l’aide de deux spécialistes : Anne Dubost, qui anime le site « La Vérité sur les cosmétiques », et Zoé Kerlo, toxicologue pour l’application Yuka. Il ne s’agit pas d’analyses en laboratoire, mais d’une lecture experte des listes INCI, ces compositions imprimées au dos des emballages.
À lire Lush remet en rayon sa crème Charity Pot après deux ans d’absence
Les produits concernés : un blush de Bourjois (1 euro reversé à l’association Belle et Bien par achat), le sérum Advanced Night Repair d’Estée Lauder dans son flacon ruban rose (20 % du prix reversés à la Breast Cancer Research Foundation pour certaines sélections du groupe), un duo de gloss Bobbi Brown et un baume à lèvres teinté Mavala (2 euros reversés à l’Institut Curie). Tous ces chiffres proviennent de l’enquête de Reporterre.
Les ingrédients qui font tiquer #
Les dérivés PEG
Repérables à leur nom, « PEG » suivi d’un chiffre, ces agents de texture sont fabriqués à partir d’oxyde d’éthylène. Le sérum analysé en contient au moins quatre selon l’enquête. Le souci n’est pas tant le PEG lui-même que les impuretés qui peuvent subsister après fabrication, comme le 1,4-dioxane. « Le problème, c’est qu’on ne verra jamais écrit oxyde d’éthylène sur l’emballage », résume Zoé Kerlo dans l’article.
Le BHT et le phénoxyéthanol
Le BHT est un antioxydant qui empêche les formules de rancir. L’Anses a publié dès 2016 une analyse sur cette substance qui relevait des éléments convergents sur un possible effet sur la thyroïde. Le phénoxyéthanol, conservateur très répandu, est lui aussi suspecté d’agir comme perturbateur endocrinien. On le retrouve dans le sérum et le gloss épinglés.
Huiles minérales et cires
Dans les gloss, on croise souvent du polybutene ou de la « microcrystalline wax ». Ces dérivés pétroliers donnent la brillance et la tenue, mais ils peuvent contenir des impuretés appelées MOSH et MOAH. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a consacré un dossier à ces hydrocarbures, dont certains sont considérés comme préoccupants. Sur les lèvres, une partie du produit finit forcément avalée, d’où la vigilance particulière des toxicologues.
À lire Sephora étend ses heures calmes : moins de bruit, de lumière et de parfum en boutique
Filtres solaires et aluminium dans un baume « dès 3 ans »
Le baume teinté analysé, présenté comme utilisable dès 3 ans, associe deux filtres chimiques et de l’hydroxyde d’aluminium. Zoé Kerlo conseille d’éviter totalement le premier filtre cité. Elle rappelle aussi que l’Union européenne autorise 34 filtres différents, ce qui laisse le choix des moins discutés quand un produit n’a pas vocation première à protéger du soleil.
Comment les marques ont réagi #
Selon Reporterre, Estée Lauder Companies réaffirme son engagement en faveur de la qualité et de la sécurité de ses produits, évalués « au regard des connaissances scientifiques les plus récentes et de la réglementation applicable ». Le groupe ne répond pas sur les ingrédients pointés. Mavala n’a pas souhaité s’exprimer, et Bourjois n’a pas répondu aux sollicitations.
Il faut le rappeler : tous ces produits sont autorisés à la vente en Europe. Le débat porte sur le principe de précaution et sur la cohérence d’un message de lutte contre le cancer associé à des ingrédients que certains spécialistes préféreraient voir disparaître.
Bien choisir son maquillage, ruban rose ou pas #
La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’être chimiste pour faire le tri. Quelques réflexes suffisent.
Retourner l’emballage. Les ingrédients sont classés du plus présent au moins présent. Si une huile minérale (paraffinum liquidum, petrolatum, cera microcristallina, polybutene) arrive en tête de liste d’un produit pour les lèvres, c’est un signal.
Se méfier du mot « parfum ». Derrière cette mention unique peuvent se cacher des dizaines de composés, dont parfois des phtalates. Pour un produit appliqué sur les lèvres ou le contour des yeux, une version sans parfum est souvent plus douce.
Préférer les textures à base d’huiles végétales. Beurre de karité, huile de jojoba, cire d’abeille ou de candelilla font très bien le travail dans un baume ou un gloss, sans recourir aux dérivés pétroliers.
Utiliser les applications avec recul. Les scanners d’ingrédients donnent une première idée, mais leurs notes reposent sur leurs propres grilles. Ils restent un point de départ, pas un verdict définitif.
À lire Cheveux secs : Aussie ou Garnier, quelle nutrition profonde choisir ?
Soutenir la cause autrement #
Pour celles qui veulent aider la recherche sans passer par un achat, le don direct reste la voie la plus simple : l’intégralité de la somme va à l’organisme choisi. Et si un produit rose vous plaît vraiment, rien n’empêche de l’acheter… après avoir lu sa composition.
Octobre rose aura au moins eu ce mérite cette année : rappeler que prendre soin de soi commence par savoir ce que l’on se met sur la peau.




